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Ne pouvoir ni partir ni rester… L'exil est purgatoire. Combien de pays vaut un poème ? Ceux qui se posent cette question peuvent y trouver une réponse satisfaisante dans les poèmes de Sabine Huynh. Il est inutile de s'interroger sur le pays d’appartenance de celle qui a vécu au Vietnam, en Angleterre, au Canada, aux États-Unis, en France et en Israël. Parce que son pays est la poésie. Sabine Huynh est la poétesse du pays de la poésie, qui s’étend sur tous les continents.

 

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J'ai demandé une fois dans un poème : la carapace de la tortue, lui est-elle un fardeau ou un abri ? Le poète est celui qui se réfugie dans son fardeau. Et c’est pour cela que j’aime tant lire la poésie de Sabine Huynh, car elle en constitue l'un des exemples les plus frappants. La poétesse, qui a fait de sa patrie ce qu'elle avait à porter sur son dos et a construit un pays avec ce qu'elle a sculpté dans son fardeau, transporte ceux qui lisent le poème dans un autre monde intérieur en déverrouillant les portes de son pays. Il ne fait aucun doute que le fait qu’elle soit traductrice joue un grand rôle à cet égard. De par sa traduction du travail de nombreux poètes, en particulier Anne Sexton, le pays de la poésie de Sabine Huynh compte de nombreuses cités poétiques qui se ressemblent tout en se distinguant à première vue l’une de l’autre. Prenant en compte cet aspect, ainsi que la simplicité apparente de sa langue, la poésie de Sabine Huynh m'a rapidement convaincu de sa magie avec son éclat profond rappelant le travail de Nazım Hikmet.

On trouvera probablement un sentiment de « déception » dans ses poèmes, où figurent des images naturelles, simples, mais frappantes. Cela peut être perçu comme un « déclencheur d'écriture » que l'on peut facilement voir chez de nombreux poètes. Car, comme le disait le poète, "ce qui est compris en silence ne peut pas être compris une fois dite à haute voix". Considérant que les poètes sont des mutiques bavards sur le papier, l’origine de la poésie de Sabine Huynh devient plus claire. Cependant, elle ne cherche nullement à demander des comptes dans ses écrits, qui ne contiennent ni pitié ni pessimisme. Elle tient un registre des saisons au cours desquelles « si peu de ses hivers devient poussière ». Dans la poésie de Sabine Huynh, la femme sans âge de la poésie, qui déclare qu'elle retourne à son enfance en grandissant, le large pouvoir d'imagination que seul un enfant peut obtenir du pays des rêves passe par un artisanat littéraire mature et magistral.

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" Quand j’avais dix ans
je voulais en avoir dix-huit

à quinze ans je voulais encore vivre
jusqu’à dix-huit ans

à dix-huit ans je suis repartie – bus métro

autocar ferry train métro grenier puis premier étage

dans un monde de lits géants dans une ville géante

je suis revenue, toute petite. "

Il est difficile de deviner où trouvera la poésie de qualité. C'est pourquoi je me souviens de Murathan Mungan, qui a dit "adorez les cartes". Nombreux seront les lecteurs de poésie pour qui le nom de Murathan Mungan/Sabine Huynh est inconnu, à moins qu'ils ne se soient déjà arrêtés dessus plusieurs fois.

Qui est Sabine Huynh?
 

Sans aucun doute, elle est la poétesse nourrie par les cartes et qui nous fait les aimer.

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